Qu’elles parlent ou qu’elles chantent, leurs voix s’accordent et se complètent parfaitement. Sur leur passion commune et cette complicité évidente, Emilie et Céline Troillet, deux soeurs Valaisannes aux cheveux de jais ont fondé Mnémosyne, un duo pop aux envolées toujours plus aériennes. Avec «Calling You», leur dernier single elles signent un solide retour sur les ondes et les scènes romandes.
Quand a débuté le projet Mnémosyne ?
Emilie: On a commencé le groupe en 2008. L’impulsion est venue de Céline qui était alors en séjour linguistique en Allemagne. Elle avait composé une mélodie au piano et on s’est amusées à mettre des paroles dessus. Ainsi est né The blame, un morceau qui traite de la toxicomanie. Le projet était lancé.
Céline: On a présenté le morceau à notre ami Florent Bernheim. Guitariste et arrangeur professionnel, il était à l’époque directeur artistique de la fondation «Little Dreams» de Phil Collins et déjà bien implanté dans le milieu de la musique. Il nous a proposé de faire les arrangements sur ce morceau. Depuis, il a toujours été là avec à nos côtés dans cette aventure musicale.
Pourquoi avoir choisi comme nom de groupe, la déesse grecque mère des neuf muses?
Céline: On a choisi ce nom car on touchait à plusieurs domaines artistiques – danse, chant, théâtre, poésie, musique – qui sont des domaines de prédilection des muses de la mythologie grecque. Moi, je faisais beaucoup de danse plus jeune et Emilie faisait du théâtre. A côté de ça, on prenait des cours de piano et de chant depuis toutes petites. Puis on a commencé à chanter toujours plus ensemble, et le choix de cette discipline s’est fait naturellement.
Emilie: Personnellement, le chant est l’activité qui m’a toujours fait le plus fait vibrer. Mais on a toutes les deux une fibre artistique importante et parfois nous mettons en avant aussi nos autres disciplines lors de nos concerts. Par exemple, lors du vernissage de notre deuxième album Le lien, nous avons opté pour la création d’un véritable show. Nous dansions et chantions en même temps, accompagnées de danseurs parisiens sur une mise en scène travaillée. Une metteure en scène nous a aidées pour la scénographie. Ça avait quelque chose de très théâtral, avec des lumières et des projections.

Vous êtes sœurs, vous vous ressemblez physiquement, vous êtes toutes les deux juristes, quelles sont vos différences et vos apports respectifs?
Emilie: La force du duo est de faire des chansons ensemble, à deux voix. Céline a une voix plus basse, assez riche, très soul. Elle s’harmonise bien avec mon timbre qui est plus aigu et plus aérien. En fait, on se complète vraiment. Jusque dans la composition puisqu’on écrit toutes les deux, et parfois l’une pour l’autre. Sur toutes les chansons, on fait des harmonies et des deuxièmes voix, on retravaille toujours les morceaux ensemble.
Céline: La voix d’Emilie est plus douce et davantage dans l’émotion. Elle arrive bien à mettre de la sensibilité dans les morceaux que je compose, alors que moi je suis plus dans l’énergie.

«Je suis attentive
aux arrangements,
et sensible aux musiques
atmosphériques et puissantes»
Emilie Troillet
Quelles sont vos inspirations, les personnes avec qui vous rêveriez de faire un duo ?
Céline: Dans mes références, j’ai toujours aimé les chanteuses à voix comme Shade, Whitney Houston ou Maurane. C’était mes modèles à l’époque. Maintenant, je citerais plutôt Adele comme référence, elle a une voix incroyable. Sinon, j’aimerais beaucoup chanter avec quelqu’un du milieu classique comme Andrea Boccelli. Une voix puissante et masculine, ce serait magnifique.
Emilie: J’aime découvrir des nouveaux sons, de nouveaux artistes. J’ai d’ailleurs été chroniqueuse musicale pendant plus d’une année sur Vertical radio en 2014-2015. Je donnais mon avis sur les albums qui venaient de sortir. Ainsi, j’ai aiguisé mes goûts et découvert plein de musiques. Je suis attentive aux arrangements, et sensible aux musiques atmosphériques et puissantes. Pourquoi ne pas faire un jour un duo avec un homme, une voix qui se complèterait avec les nôtres? Par exemple, l’artiste islandais Asgeir. J’aime beaucoup son univers, ce serait juste génial.
Vous avez récemment sorti un nouveau single Calling You assez différent de ce que vous avez fait jusqu’à maintenant. Un titre électro…dans l’air du temps. Pourquoi cette évolution et ce changement de cap?
Céline: Ça fait plus de treize ans que nous avons fondé Mnémosyne. Nous avons écouté beaucoup de choses depuis et avons été inspirées par des influences nouvelles. La musique a été créée dans ce contexte. On a évolué et grandi en même temps que notre musique, à quelque part. C’est plutôt bon signe qu’on ne fasse plus la même chose qu’au début. Cela montre une évolution.
Emilie: On a aiguisé nos goûts. Je pense que notre style s’est affirmé et notre musique a gagné en maturité au fur et à mesure de notre parcours et collaborations. Au fil du temps, on a su ce que l’on voulait défendre et quel style nous correspondait le plus. Au début, sur l’album The Blame on faisait des chansons très acoustiques, axées piano-voix en français et en anglais. Puis, notre deuxième album Le Lien a été produit artistiquement par le musicien Michael Jones, guitariste de Jean-Jacques Goldman. Il y a mis sa patte et nous avons été ravies de pouvoir bénéficier de ses conseils pour la réalisation de cet album. Ça a donné quelque chose de plus rythmique et de plus «produit». On a ensuite eu le privilège de travailler avec le producteur américain Mauricio Guerrero pour la sortie d’un EP avec trois titres, War Cry. C’est un grand professionnel, il a notamment produit Shakira et a été récompensé de plusieurs Grammy Awards. Nous avons opté ici pour une grosse production à l’américaine avec des titres aux arrangements très riches aux influences électro pop. C’est lui qui nous a composé les chansons et les textes ont été écrits par ses fils. Notre dernier single, Calling you, est un peu un mix entre ces divers univers. On a gardé des éléments de chacun d’eux. Un style pop électro rythmé avec l’accent mis sur nos harmonies vocales. Nous avons composé la musique et le fils du producteur américain, Mauricio Guerrero Junior, a écrit les paroles en anglais. Nous nous sommes aussi plus impliquées pour l’élaboration des arrangements avec Florent. On était beaucoup plus présentes sur cette partie qu’auparavant.
Comment le single a-t-il été reçu, êtes-vous satisfaites ?
Emilie: Nous sommes vraiment ravies des retours très positifs reçus pour ce single. Les radios et la presse nous ont beaucoup soutenues dès sa sortie. Au début, on est dans la création, on ne sait pas du tout si ça va plaire. Il y a toujours un certain stress avant de sortir un nouveau morceau. Il doit bien sûr d’abord nous plaire à nous, puis, si le public l’accueille favorablement, c’est un vrai cadeau!
Céline: On entend parfois des gens qui fredonnent la chanson. Ça fait vraiment plaisir et ça nous touche. Elle passe beaucoup en radio et semble plaire à un public bien varié. On nous a même déjà arrêtées dans la rue pour nous féliciter. C’est un morceau qui plait à beaucoup de gens et c’est juste génial.

«Ça a fait effet boule de neige, les surprises étaient toujours plus grosses, ça allait toujours plus loin»
Céline Troillet
Vous avez un réseau impressionnant, comment avez-vous réussi développer tous ces contacts?
Céline: Les expériences scéniques et artistiques favorisent les rencontres. On a eu la chance de rencontrer Michael Jones, après l’un de ses concerts. On lui a donné un cd de nos chansons pour avoir son avis. Une semaine après, il nous appelle et nous dit qu’il a écouté le cd, que ça lui a plu et qu’il veut travailler avec nous sur notre second album… Quelle surprise! On ne s’attendait pas à ça! De fil en aiguille, il y a des heureux hasards qui ouvrent des portes et permettent de rencontrer de nouvelles personnes. Michael Jones nous a invitées pour faire les chœurs sur le Kids Voice Tour. Là, on a fait connaissance du producteur américain, qui était alors membre du jury, Mauricio Guerrero. En discutant avec lui, il nous a proposé de travailler avec lui et nous a invitées à venir à Los Angeles pour une semaine. Tout ça était tellement fou. Nous avons pu vivre l’expérience d’aller enregistrer à Los Angeles. Ça a fait effet boule de neige, les surprises étaient toujours plus grosses, ça allait toujours plus loin.
Emilie: On a vécu une succession d’événements incroyables. On a fait la première partie de Patrick Bruel, puis avons chanté aux côtés de Phil Collins lors de trois dates en Suisse au Métropole à Lausanne… C’est vrai que tout s’est enchaîné rapidement.
Il y a des contacts qui peuvent être compliqués. Notamment pour les artistes femmes… Quelle est votre expérience?
Emilie: A ce niveau-là, je pense qu’on a une bonne étoile. On a toujours tissé des liens avec des gens professionnels et corrects. Nous sommes les deux également juristes. La musique est notre passion depuis toujours. Quand bien même ce n’est pas notre métier, cela ne nous empêche pas de la vivre comme de vraies professionnelles. On applique une ligne de conduite, on fait des choix en se demandant où l’on veut investir notre temps et notre énergie, pour quel projet et en vue de quelle collaboration.
Céline: Dans tous les domaines professionnels ou amateurs, on peut trouver des personnes polies, bienveillantes, correctes et d’autres qui le sont moins, voire pas du tout. De notre côté, on aspire à des rapports de travail sains, respectueux et conviviaux, avec des personnes qui partagent nos idées. Nous faisons ce que nous aimons en compagnie de gens qui partagent notre univers. Il est par ailleurs important à mon sens d’être clair dès le départ avec les personnes impliquées dans un projet musical sur leur rôle, la place qu’ils occupent. Cela doit en amont être discuté, négocié avec les personnes concernées.
Là, on sent la juriste qui parle…
Céline: Oui, c’est sûr. Beaucoup de gens sont aidés dans leur activité, pas seulement sur le plan musical mais aussi sur le plan contractuel. L’artiste peut avoir une très grande famille musicale autour de lui. Il est donc toujours préférable que les rapports professionnels soient discutés et négociés en amont pour éviter toute éventuelle confusion sur le but commun recherché. Avec Emilie, nous nous consultons avant de débuter chaque projet musical, on discute de ce qu’on veut faire pour faire évoluer le projet etc. On choisit nos collaborations et c’est d’ailleurs toutes ces étapes qui nous motivent dans la réalisation d’un projet.
Emilie: On prend le temps d’analyser ce que nous voulons faire. Une fois le projet défini, on se met à la tâche pour l’exécuter au mieux. On dépend de nous-même, depuis la création du morceau jusqu’à sa sortie. C’est génial de pouvoir suivre toutes les étapes du processus.

Quelle est votre souvenir le plus marquant avec Mnémosyne?
Céline: Ils sont nombreux. Il y a vraiment de superbes souvenirs: l’enregistrement de notre album Le Lien aux studios ICP à Bruxelles avec les musiciens de Maurane qui sont devenus des amis, la rencontre bien sûr avec Michael Jones et la scène avec Phil Collins. Lorsqu’il s’est retourné vers ma soeur et moi pour nous remercier de l’avoir accompagné, je me disais: “quel gentleman en plus d’être talentueux”. A ce moment-là, je m’en rappelle bien, je me suis dit qu’on avait atteint nos rêves…
Emilie: Pour moi, l’invitation pour chanter le 1er août à l’Ambassade suisse à Rome a été un moment marquant. On a chanté a capella l’hymne national en français et en italien devant l’ambassadeur et ses invités. On portait des robes de mariées bustiers, qu’un ami styliste nous avait conseillées. On y est allées grâce aux Vins du Valais qui s’y rendaient à cette occasion là-bas pour faire la promotion de leurs produits. Un moment magique.
(Photo d’ouverture: Santina Vaccalluzzo/ Freebird studio)