Lorsqu’il est question de biodiversité, chaque geste compte et le bonheur peut se cacher derrière chaque plante verdoyante et chaque minuscule insecte. Passionné par cette thématique, David Bovier, un valaisan expatrié à Zurich depuis 10 ans et un véritable ami, a fondé Animaux du jardin, un site internet avec une boutique en ligne visant à nous encourager à prendre soin de la faune et la flore locale.
David, quand as-tu fondé Animaux du jardin ?
J’ai lancé le site internet en avril 2017, cela fait 4 ans.
Parle-moi d’Animaux du jardin, quelle est ta vision?
J’ai créé ce projet pour sensibiliser et conseiller les privés sur la biodiversité, notamment en milieu urbain. Chacun peut mettre en place des petits gestes concrets pour aider la nature. Non seulement c’est bon pour l’équilibre de la faune et de la flore, mais c’est aussi une source de plaisir et de détente. Ainsi, dans ma boutique, on trouve par exemple des accessoires, des mangeoires, des nichoirs, des hôtels à insectes, des abris à hérissons, à chauves-souris, etc… mais aussi pas mal de documentation et de conseils.
Pourquoi doit-on aider la biodiversité? Quelle est l’utilité de ces abris pour les animaux?
Le problème c’est que dans nos espaces de vie modernes, il n’y plus assez de lieux adaptés pour que les espèces puissent nicher, se nourrir et trouver un abri. Des endroits comme du bois mort, des cavités dans les murs, des haies, etc… Du coup, il faut recréer artificiellement ces espaces qui n’existent plus. Les espèces indigènes font toutes partie de l’équilibre naturel et ont une vraie utilité. Le hérisson, par exemple, est le meilleur ami des jardiniers, avec lui il n’y aura plus de limaces dans le jardin. Les mésanges mangent des tonnes de chenilles, qui peuvent causer des dégâts au potager. Les chauves-souris dévorent les insectes volants, il y aura beaucoup moins de moustiques la nuit en été. Même chose avec les abeilles solitaires et les bourdons, qui vont polliniser les arbres fruitiers et plantes environnants.

Un table de nourrissage pour les oiseaux. 
Un abri à chauves-souris. 
Un nichoir pour passereaux. 
Une cabane pour les hérissons.
Depuis quand t’intéresses-tu à la biodiversité ?
Depuis tout petit, je suis passionné par la nature et les animaux. Mes parents m’ont toujours laissé un espace pour ce hobby. Enfant, j’ai énormément appris en soignant et observant ma basse-cour, mes oiseaux d’ornement, mes rongeurs, mes poissons et ma chèvre. Au début, j’étais plus axé animaux domestiques. Et petit à petit, une prise de conscience plus profonde s’est installée. J’ai compris qu’il y avait un souci avec notre façon de faire. Le déclin se fait doucement, il peut passer inaperçu, mais lorsqu’on ouvre les yeux, on voit qu’il y a un problème. C’est ce qui m’a poussé à suivre une formation continue à l’université de Neuchâtel en gestion de l’environnement naturel et rural. Là, j’ai rencontré des vrais passionnés, des gens qui ont une autre vision de la vie. La professeure en pédologie (étude des sols) par exemple, nous a fait prendre conscience de la richesse qu’il y a dans une motte de terre. C’est fascinant!
« Mon projet est assez diversifié mais en fait, tout est lié »
Qu’est-ce qui t’a motivé à lancer ta propre entreprise?
Après cette formation, j’avais envie de m’orienter dans ce domaine. Mais les places sont très convoitées. Alors, comme j’avais une idée assez précise de ce que je voulais faire, j’ai décidé de me lancer. Mon but à terme est d’avoir un jardin pédagogique avec un étang, une haie indigène, un coin permaculture, un espace boutique et quelques animaux d’élevage comme des poules, l’animal écolo par excellence. Un bon exemple pour montrer aux gens ce qu’on peut faire. Mon projet est assez diversifié mais en fait tout est lié. Pour m’occuper d’Animaux du jardin, j’ai baissé mon pourcentage à 80%. Travailler dans le marketing pour un grande entreprise me donne une certaine sécurité financière et me permet de développer mon projet en parallèle.
Justement, comment gères-tu ton entreprise alors que tu travailles à côté?
C’est très intense. Je dois envoyer les colis des commandes, créer du contenu, préparer une newsletter, gérer mes stocks, me tenir informé. L’activité est assez dépendante des saisons. Je remarque aussi des booms parfois, par exemple lorsqu’il y a une émission à la télévision sur la biodiversité ou sur un animal en particulier. Ça crée un intérêt dans la population et ça se ressent sur les ventes. J’ai aussi beaucoup de gens qui m’écrivent pour me poser des questions. Je fais cela gratuitement. Une personne bien conseillée va peut-être acheter chez moi. Mais dans tous les cas, c’est bon pour la biodiversité, du coup j’ai l’impression de faire quelque chose de bien. Quand c’est une passion, on est flexible, on ne compte par les heures. Ma plus grande satisfaction, c’est le retour des clients ou de mes amis. D’ailleurs, je reçois régulièrement des photos de gens qui sont émerveillés d’avoir une portée de mésanges dans le jardin, ou de voir leur hôtel à abeilles solitaires qui fourmille de vie. C’est hyper gratifiant.

Un hôtel à abeilles solitaires qui fait
le plein de pensionnaires
Comment ton entreprise a-t-elle évoluée depuis les débuts?
Quand on lance une entreprise comme ça avec très peu de moyens – je n’ai aucun budget publicitaire –, c’est le bouche à oreille qui marche au début. Avec le temps, on est toujours mieux référencé sur les moteurs de recherches. Je pense qu’en vendant de la qualité, les clients sont contents et reviennent. L’an dernier, grâce à la fermeture des jardineries à cause du coronavirus, j’ai eu plus de commandes. Je pense qu’il y a eu aussi une prise de conscience collective durant cette période. Dans l’idéal, je voudrais faire plus de contenus, écrire plus d’articles mais le temps me manque. Il faudrait aussi faire des vidéos, je sais qu’il y a du potentiel de ce côté-là, mais une chose après l’autre… Quand on est aligné avec soi-même, les choses se passent naturellement. A l’avenir, j’aimerai consacrer ma vie à ma passion. Pour avancer dans cette direction, je me suis lancé dans un CFC de gardien d’animaux. Sinon à part ça, je suis toujours en recherche d’investisseurs pour mon jardin pédagogique car un tel projet a un coût. C’est le projet ultime, qui va devenir un projet de vie.

De l’eau fraîche est appréciée toute l’année. 
Le hérisson, l’ami des jardiniers.
Peut-on vraiment faire quelque chose lorsqu’on habite en ville et qu’on n’a même pas de balcon ?
Oui bien sûr. En ville, il y a moins de pesticides qu’à la campagne, les insectes s’y plaisent donc. Mais ce qui leur manque souvent, c’est de la nourriture et des abris. Même sur un bord de fenêtre on peut mettre quelques pots et y semer des graines de fleurs mellifères et bonnes pour la biodiversité, et placer un hôtel à insectes ou à abeilles solitaires. Ce qui est important, c’est qu’ils puissent avoir le logis et le couvert. On peut bien mettre un nichoir ou un abri mais si l’animal ne peut pas se nourrir dans le périmètre environnant, ça ne sert à rien. En outre, il y a plein de nichoirs et d’hôtels qui ne sont pas adaptés. Certaines entreprises ont flairé le filon et se sont mis à vendre ces articles, mais beaucoup ne servent à rien, c’est juste de la déco.
« Le problème, c’est que beaucoup de gens ont un jardin tout a fait inadapté. Ils ont un palmier, du gazon ras, une piscine, c’est tout un équilibre qu’il faut remettre en place »
En quoi certains produits ne sont-ils pas adaptés?
La profondeur de l’abri et le diamètre des trous ne sont parfois pas adaptés aux espèces. Il y a aussi des peintures chimiques qui repoussent les insectes, des bois importés provenant de production intensive ou des finitions mal faites qui peuvent blesser les abeilles… En plus, acheter ce genre d’article peut être frustrant, car ils resteront vides et les gens seront déçus. Le problème aussi, c’est que beaucoup de personnes ont un jardin tout à fait inadapté. Ils ont un palmier, du gazon ras, une piscine, c’est tout un équilibre qu’il faut remettre en place. Un nichoir dans un jardin tout propre sans biodiversité, ça ne sert à rien. Ce qu’on considère parfois comme des mauvaises herbes sont souvent très bonnes pour la biodiversité, car elles sont adaptées à notre région, beaucoup d’insectes vivent grâce à elles et sont menacés par leur disparition.

« En fait, il faudrait quitter le modèle « propre en ordre », il faut au contraire une mosaïque de milieux »
Et si l’on veut aller un peu plus loin?
On pourrait supprimer les espèces exotiques souvent invasives, par exemple les lauriers cerise. Ensuite, créer des espaces de passages dans les clôtures et planter des haies pour accueillir et laisser circuler les hérissons. On peut déposer des coupelles d’eau fraîche pour les oiseaux qui ont du mal à en trouver. Un étang est également une source de biodiversité incroyable. On peut semer un bout de prairie, plutôt qu’avoir une belle pelouse bien tondue. Le gazon n’apporte rien à la biodiversité! Idéalement, il faudrait aussi supprimer tous les traitements, se renseigner sur les moyens biologiques de traiter une maladie. En fait, Il faudrait quitter le modèle « propre en ordre ». Il faut une mosaïque de milieux. Par exemple, avec un tas de bois et de pierres. Remplacer les plantes annuelles exotiques par des vivaces est aussi recommandé. Au final, c’est plus économique, on n’a pas besoin de racheter chaque année des plantes. Bref, la liste est longue, il y a tellement de choses possibles…
Est-ce que tu as un animal et une plante préférés?
C’est une question difficile car j’aime tout. J’aime beaucoup les oiseaux, mais voir évoluer n’importe quel animal dans un milieu adapté, ça me fascine. Niveau plante, ce serait une plante indigène, plutôt vivace et fleurie.
Et tes bêtes noires ?
Je n’en ai pas non plus, la clé c’est un équilibre parfait. Il n’y a pas de nuisibles. Si on a des pucerons et qu’on a un jardin accueillant, les espèces prédatrices, comme les coccinelles et les chrysopes, seront naturellement présentes. Cet équilibre initial a été bouleversé par l’homme qui a modifié l’environnement et qui a introduit des espèces qui perturbent les écosystèmes et prennent la place des espèces indigènes. Mais ça revient très vite, il suffit de changer des petites choses.
« On est des êtres vivants, on est liés aux autres êtres vivants. Je pense qu’on ne peut pas avoir une société qui va bien si on coupe ce lien »
Tu as donc bon espoir pour l’avenir ?
Oui. Il y a un gros manque de connaissances, mais qui peut très vite être comblé. Il suffit de quelques infos pour qu’un truc s’enclenche et que l’on se passionne pour le sujet. Même la pandémie a eu un effet positif, les gens sont de plus en plus sensibles à la biodiversité. J’ai observé aussi que toujours plus de particuliers adoptent des poules, et je trouve ça super. C’est un animal attachant et passionnant à observer. Il élimine les restes alimentaires tout en produisant des œufs frais et du fumier de qualité pour le jardin. Peu exigent, en prendre soin est ludique et responsabilise les enfants comme les adultes. J’ai espoir en l’espèce humaine. Mais ça me fait peur quand je vois que des gens n’ont juste pas l’intérêt et passent à côté de ces questions. On est des êtres vivants, on est liés aux autres êtres vivants. Je pense qu’on ne peut pas avoir une société qui va bien si on coupe ce lien.
Pour visiter Animaux du jardin, cliquez ici.
Super projet, j’aime
Je peux proposer à cet effet des accessoires font à base du recyclage pour accompagner ce projet. Dans la nature, il y a la vie…
Bravo David
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