Apprentie citoyenne zéro déchet

Les ménages suisses comptent parmi les plus gros producteurs de détritus en Europe. Cette semaine, je vais mettre ma poubelle sous la loupe et tenter d’alléger mon impact.

Sur mes réseaux, je vois souvent passer des contenus vantant un mode de vie zéro déchet. Des photos de tortues avec une paille dans le nez dénonçant notre consommation de plastiques à usage unique, des groupes Facebook qui partagent leurs trucs et astuces écolos et économiques pour un quotidien plus propre, des vidéos d’influenceuses green qui expliquent comment réduire son impact carbone ou encore une émission sur une famille modèle du minimalisme.

La Suisse compte parmi les plus grands producteurs de déchets urbains en Europe. Alors que la moyenne européenne s’élève à 492 kilos, un Helvète produit 703 kilos d’ordures par an, soit près de deux kilos par jour, et 13 kilos par semaine. (source: swissinfo.ch). Quand on voit que l’on est bien plus proche des Etats-Unis (773 kg) – que l’on adore tellement critiquer pour leur manque de conscience écologique – que notre voisin français et de ses 530 kg de poubelles, y a vraiment pas de quoi pavoiser. Ces chiffres me laissent baba… Si de mon côté j’ai adopté depuis longtemps certains gestes allant dans ce sens, sur certains autres aspects, j’ai largement de quoi m’améliorer – mon compte Uber Eats sait de quoi je parle.

Alors c’est décidé, mon but cette semaine: m’approcher le plus possible de zéro déchet.

Un Helvète produit près de 703 kg d’ordures
par an, un Américain près de 773 kg et un Français 530 kg.

La veille du début de mon challenge, je lis des blogs et regarde des vidéos sur le zéro déchet. J’aurais pu y passer la nuit tant les contenus sont nombreux, rien que sur Youtube. Dès les premières minutes, mon enthousiasme est stoppé net: «Impossible de tout changer en une semaine», affirme une blogueuse zéro déchets. Une autre présente fièrement ses petits bocaux contenant les déchets de sa famille durant une année. Je plonge ma tête dans la poubelle et me dis qu’il y a du boulot. Mais optimiste, je sors un bocal d’une armoire, on verra bien combien de temps je tiendrai…

Des débuts timides

Lundi matin: comme souvent, le premier jour rime avec premiers accrocs. Et aujourd’hui, c’est mon café qui cloche. Encore lui! Il faut dire que je le bois généralement en capsules non recyclables, ni bio, ni Fairtrade. Et les fans d’espresso serrés à l’italienne, fermez vos oreilles, moi je le consomme en une version allongée s’approchant un peu du jus de chaussettes. Bon maintenant que mon crime est avoué, vous me donnez l’absolution? Bref, je me tire un café, jurant (une fois de plus) de trouver une solution le soir même. Premier déchet de la semaine: 1/10 de mon bocal, ça commence mal… Le midi, je mets soigneusement de côté mes déchets organiques, que je déposerai chez un ami qui a un compost, car moi je n’ai pas cette chance.

Je rassemble alors quelques tupperwares et des sachets pour les végétaux dans mon filet de courses. Je suis parée pour ma virée hebdomadaire.

Le soir, je me prépare pour aller faire les courses. Pas question de partir sans un minimum d’équipement. Je rassemble alors quelques tupperwares et des sachets pour les végétaux dans mon filet de courses. Je suis parée pour ma virée hebdomadaire. N’ayant pas de marché à proximité, j’irai dans mon supermarché orange habituel. J’opte pour un magasin version XL, plus loin de chez moi mais avec des comptoirs viande, poisson où l’on peut être servi à la coupe. Sur mon visage, toute cette semaine, évidemment, un masque en tissu remplace la version jetable.

Une dose d’organisation et un regard bizarre

Je choisis consciencieusement les fruits et légumes qui remplissent mon panier: carottes, poires, champignons et chouraves, en vrac que je dépose dans mes petits sacs réutilisables. Au comptoir poissonnerie, je demande au monsieur de déposer le saumon dans mon récipient. Il me regarde bizarrement mais s’exécute. Pour le reste, je privilégie les matériaux recyclables: bocaux en verre, carton ou aluminium. En passant, j’achète même des bee wraps, ces tissus enduits de cire d’abeille qui remplacent les films plastiques. Depuis le temps que je voulais en essayer. A la caisse, je décline poliment le ticket.

Mes courses zéro déchets de la semaine
Mes courses zéro déchet de la semaine

Au retour, je m’arrête chez mon ami David, soutien incommensurable dans mes diverses expérimentations, qui est d’accord de me prêter sa cafetière italienne le temps de mon expérience (le pauvre, il ne sait pas qu’il ne la reverra jamais, mais ça c’est une autre histoire).

En rangeant mes achats, je remplis mon petit bocal de quelques nouveaux détritus: le film qui enveloppait les fromages, les étiquettes fournies par la balances des végétaux, un mouchoir en papier usagé… Le bocal est déjà presque plein. Je transvase le tout dans un sac plastique.

Les jours se déroulent sans accrocs particuliers, je planifie mes repas de sorte à ne pas devoir jeter la moindre nourriture et recycle tout ce que je peux. J’emballe les restes de nourriture et le fromage dans les bee wraps et jette les déchets organiques dans mon petit compost. Je teste même pour la première fois un magasin où l’on ne vend que du vrac: chez Mamie. Cette épicerie bio, qui a vu le jour en Suisse romande, a essaimée un peu partout dans le pays et compte aujourd’hui des boutiques dans treize villes dont Zurich (mais aussi Lausanne, Genève, Sion, Martigny…). On y trouve un peu de tout, des fruits et des légumes, des fruits secs, des olives, des biscuits, des farines, des produits laitiers, divers féculents (pâtes, riz, poids etc) et également un large choix de produits de beauté et de nettoyage. Je pique des choses par-ci, par-là.

Nettoyage, hygiène etc…

Outre la nourriture, les cosmétiques et produits d’hygiène constituent une source importante d’objets jetables, polluants et de plastiques en tout genre. De mon côté, c’est sans doute à ce niveau-là que mon optimisation était déjà la meilleure. Mon premier geste a été, il y 11 ans déjà, d’adopter la coupe menstruelle, à une époque où personne n’en parlait. Cette petite chose a révolutionné ma vie une fois par mois. Non seulement, j’ai économisé des tonnes de tampons ou de serviettes mais en plus j’ai gagné énormément en qualité de vie.

Plus tard, je suis passée aux savons de douche et autre shampoings solides et j’ai commencé à utiliser les lingettes démaquillantes lavables. J’en ai testés plusieurs sortes dont celles faites maison par ma copine «zéro déchet» Héloïse, qui m’a également appris à faire ma propre lessive à base de savon de Marseille (interview et recette plus bas). En cette semaine spéciale, j’ai encore poussé plus loin le bouchon en testant le Q-tipp lavable pour le maquillage et en échangeant mon éponge habituelle pour la vaisselle par une variante tricotée par ma maman et nettoyable en machine. Bien sûr j’aurais pu en profiter pour passer au dentrifrice solide, mais comme j’en ai encore dans mon tube, on va éviter de gaspiller…

Une vie sociale, oui mais sans déchets!

Mercredi soir, ma copine Paula passe boire l’apéro. L’occasion de tester la faisabilité de mon nouveau mode de vie sur cette étape incontournable. Grâce à mes achats de la semaine complétés par quelques crackers de chez Mamie (remplis dans des petits pots récupérés), le moment se passe comme sur des roulettes. Seule la baguette, glissée dans un sachet mi-plastique mi-papier que je n’ai pas su éviter et le bouchon de la bouteille de blanc ont généré quelques grammes de plus dans ma poubelle.

L’employé, peu habitué à ce type de coutume, juge ma demande «spéciale» et menace de mettre le tupperware dans un sachet plastique

Et rebelote samedi soir, alors que mes amis Lorianne et Ben (deux zéro déchet convaincus) sont en visite. Je prépare le souper selon ce thème et essaie de limiter au maximum tous les emballages. Pour l’anecdote, au rayon poissonnerie, l’employé, apparemment peu habitué à ce type de coutume, sourit en coin et juge ma demande «spéciale». Il menace même de mettre le tupperware dans un sachet plastique avant qu’un collège lui confirme qu’il peut peser le tout et mettre l’étiquette sur mon contentant. Bon, si être considérée comme bizarre, est le prix à payer…

Un apéritif presque zéro déchet

Bilan: une poubelle plus légère

A la fin de la semaine, je pèse ma poubelle: 292 g de déchets. Soit 2,3% de ce que jette chaque semaine un Suisse moyen et facilement trois à quatre fois moins que ce que j’aurais habituellement produit. Bon, il faut dire aussi que le temps d’une semaine je me suis contenue et n’ai pas effectué de grosse acquisition. Je n’ai pas renouvelé mon stock de papier toilette (le plastique autour, on en fait quoi?), je n’ai fait aucun achat vestimentaire, ni remplacé mon vieux grille-pain, des gestes plutôt anodins qui auraient fait grimper tout de suite mon bon résultat.

Et elle contient quoi ma poubelle? Une capsule de café, un gobelet de yogourt (acheté avant), des mouchoirs en papier, du scotch, des petits plastiques, des étiquettes, une tablette vide d’Ibuprofen, une tranche de pain restée beaucoup trop longtemps dans le grille-pain, un emballage de biscuits apéro, un paquet de cigarettes vide, des mégots, quelques bouchons de bouteille et les parties métalliques qui les entourent. Une chose est sûre, j’ai encore largement de quoi m’améliorer. Mais je vais conserver quelques-unes de ces bonnes habitudes, comme prendre avec moi des sachets réutilisables pour les légumes et continuer à employer les bee wraps. Enfin, il faudrait que je m’arrange pour avoir un compost… C’est quand même sacrément pratique et un poids en moins pour la poubelle!

Mon compost de la semaine, soit autant de déchets végétaux qui peuvent être récupérés et revalorisés.

Ce que j’ai fait:

  • utiliser des masques en tissu au lieu de masques jetables
  • me balader avec un tote bag
  • emballer les restes de nourriture dans des tupperware ou dans des bee wraps
  • mettre les déchets organiques au compost
  • utiliser une éponge pour la vaisselle tricotée par ma maman
  • zéro sac plastique à usage unique
  • trier le compost, le verre, le carton, le papier, l’alu
  • éviter le PET
  • se démaquiller avec des lingettes lavables
  • utiliser un coton-tige réutilisable
  • utiliser une cup pour les règles
  • faire sa propre lessive au savon de Marseille
  • se laver le corps, les cheveux et les mains avec des savons solides
  • pas de commande sur Uber Eats

Ce que je n’ai pas fait:

  • utiliser des mouchoirs en tissu
  • renoncer à 100% au fromage (déjà emballé)
  • aller à la boulangerie avec mon sac à pain
  • passer aux toilettes sèches

Trois questions à Héloïse Filatre, 32 ans, partisane du zéro déchets

Héloïse, depuis combien de temps as-tu commencé à limiter ta production de déchets et pourquoi?

J’ai été sensibilisée très tôt par ma maman. Et dès que j’ai habité seule, j’ai mis en place des trucs pour limiter mes déchets. C’était tout d’abord une simple habitude. Puis la conscience écologique est venue, sans compter que ça permet de faire des petites économies.

Quels sont les gestes que tu as adoptés?

Il y en a pas mal. Pour commencer, je sors toujours avec un tote bag et une gourde pour éviter les sacs plastiques et bouteilles en PET. Ensuite, lors de mes achats, je regarde ce qui peut être recyclé ou pas et j’évite au maximum le plastique. Je trie tout et pour les matières organiques, j’ai un compost. Je fais une partie de mes produits ménagers moi-même, notamment la lessive et les produits de nettoyage pour la cuisine et la salle de bain. J’achète en gros pour les autres produits. Dans ma salle de bain, je limite en utilisant des savons solides pour le visage et le corps et utilise des produits à usage multiples, par exemple de l’huile de coco pour l’hydratation du corps et pour me démaquiller. J’ai également fait moi-même des petites lingettes démaquillantes en coton, des bee wraps et des pochettes pour les fruits et légumes pour remplacer les sacs jetables. Enfin, d’une manière générale, je fais attention à ce que je consomme, je me demande plusieurs fois si j’ai vraiment besoin de tel vêtement ou accessoire afin de limiter les achats compulsifs. Je trouve qu’il vaut mieux avoir des habits de qualité, quitte à y mettre le prix pour les garder plus longtemps. Parfois ça m’arrive de ramener un achat dont j’estime ne pas avoir vraiment besoin.

Que conseillerais-tu à un débutant?

Je pense qu’il faut créer des habitudes. Je lui dirais d’ajouter toutes les 2-3 semaines une nouvelle habitude, d’abord la gourde, puis le sac. Ensuite, on achète en gros. Puis on fait sa propre lessive et petit geste par petit geste, ces habitudes s’ancrent dans notre vie.

La recette de lessive d’Héloïse (testée et aprouvée)

  • 100 g de copeaux de savon de Marseille à 72 % (râpé ou déjà prêt à l’emploi)
  • 2 litres d’eau chaude
  • 1 litre d’eau froide
  • 3 c. à soupe de bicarbonate de soude
  • 20 gouttes d’huile essentielle de lavande vraie pour parfumer votre lessive

Râpez 100 g de savon de Marseille. Mélangez-les avec 2 litres d’eau bouillante à l’aide d’une cuillère en bois. Incorporez 3 cuillères à soupe de bicarbonate de soude et bien mélanger. Laissez reposer pendant 24 heures. La lessive va se gélifier, c’est normal. Ajoutez un litre d’eau froide et mélangez pour obtenir un tout homogène. Ajoutez selon vos goûts quelques gouttes d’huiles essentielles. Versez la lessive maison dans un contenant à l’aide d’un entonnoir. Secouez le contenant avant chaque utilisation pour homogénéiser la lessive. Mettez l’équivalent d’un bouchon à chaque lavage.

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