30 ans, dans tes dents!

Depuis que j’ai passé le cap de la trentaine et que le Covid semble avoir arrêté la vie, mais pas le temps qui passe, je me pose plein de questions. Plus vraiment jeune, mais pas encore vieux, à 33 ans, on est quoi exactement?

Parfois, dans la vie, on se prend des claques. Et parfois, c’est la vie elle-même qui se charge de nous remettre les pendules à l’heure. Je me souviens très bien d’un remontage de bretelles en règle, il y a bientôt trois ans, lorsque j’interviewais des étudiants sur le campus de l’EPFL (Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne). Alors que dans ma tête encore pleine d’illusions, eux et moi, c’était kif-kif, j’ai été forcée de refaire mes calculs. En effet, les étudiants interrogés avaient 19, 20, voire 23 ans. Moi et mes 30 ans fringants (à l’époque), on a transpiré. Voilà déjà six ans que s’était écoulée ma dernière journée à potasser à la bibliothèque! Mama Mia!

Et ces derniers mois, devenus années, la situation ne s’est pas arrangée. Pour ma part, je me suis endormie avec le Covid à l’âge de 31 ans et me suis réveillée avec un baiser du calendrier sonnant mes 33 ans. On fait mieux comme Prince charmant… En plus, là, pour le coup, j’étais vraiment pas consentante. Et ça laisse des traces, ce genre de traumatisme. Alors depuis, je traque mes rides naissantes, je cherche le cheveu blanc, il doit bien se planquer quelque part, quand il va sortir, je serai prête. Et je me prends à me dire que, gentiment, la quarantaine (l’âge, pas l’obligation de rester chez soi à regarder le temps qui passe) pointera au bout de ma rue alors que ma vingtaine ne sera plus que des souvenirs sur des photos Facebook.

Se retrouver soudain, à l’âge fatal du Christ, sur le marché impitoyable du célibat, ça fait un peu peur.

Et comme si tout ça ne suffisait pas, parce qu’on ne fait pas les choses à moitié, à peine mes 33 bougies soufflées, je me suis séparée de la personne avec qui je partageais mon coeur, mes meilleurs GIFs, mes joies, mes peines, et mes projets d’avenir en forme de promesses d’amour pour le meilleur et pour le pire depuis plus de cinq ans. Une grosse décision, donc, qui a mis un peu de temps à venir. Et pour cause… Si aujourd’hui je n’ai ni doutes ni regrets, il n’empêche… Je dois avouer que me retrouver soudainement, à l’âge fatal du Christ, sur le marché impitoyable du célibat, ça me faisait un peu peur.

50 nuances de jeunesse

Bref, célibataire ou pas, rides du sourire ou pas, je n’aurais jamais pensé m’entendre dire ça, mais se voir vieillir n’est pas du tout chose évidente, surtout au début de la trentaine. Tout d’abord, parce que c’est très nouveau comme feeling. Car jusque-là, on a passé toute sa vie à être jeune, on ne connait que ça… On était d’abord nourrisson, bébé, enfant et adolescent avant de devenir enfin « un jeune » à proprement parler (sous-entendu un jeune adulte). On a progressivement passé tous les niveaux de la jeunesse et voilà qu’aujourd’hui, on ne sait plus très bien où se situer: on n’est plus vraiment jeune, mais on n’est pas vraiment vieux non plus. Et puis, y les GenZ qui arrivent derrière et ne se gênent pas pour nous rappeler que nos certitudes ont du plomb dans l’aile. Il faut dire que voir une nouvelle génération, qu’on a littéralement vu naître – et qui, si elle a vécu le passage à l’an 2000, c’était avec des Pampers aux fesses et la lolette au bec – nous pousser dehors gentiment, ça déboussole un peu notre ego.

Selon la définition du Larousse, jeune signifie « peu avancé en âge, par opposition à vieux ».

Mais c’est quoi être « jeune »? Et jusqu’à quand exactement est-on un jeune? Selon la définition du Larousse, jeune signifie « peu avancé en âge, par opposition à vieux ». Donc, en gros la jeunesse est relative. On s’en doutait et ça nous fait une belle jambe, car c’est très vague tout ça. Selon wikipédia, dans les pays occidentaux, la jeunesse va jusqu’à 25-30 ans et définit une catégorie basée sur des aspects sociologiques (emploi, ménage, enfant). Bon, je rempli un de ces critères: j’ai un job, pour le reste, force est de constater que je suis une vraie ado. Mais j’ai passé, et de loin, les 25-30 ans, ça veut dire que je ne suis plus vraiment une jeune. Mais alors, je suis quoi?

Les millenials, ces éternels ados

Si l’on en croit l’article d’Emmanuel Grandjean, Troisième type, la génération qui ne veut pas grandir, paru en 2015 (déjà) dans Femina, les millenials constituent une génération qui, refusant de suivre le même chemin que leurs parents, a du mal à se voir vieillir. Individualisme et narcissisme couplés avec des incertitudes justifiées quant à un avenir professionnel et économique: et voilà le cocktail parfait pour une vie au jour le jour, avec le minimum d’engagements, ces marqueurs types de l’âge adulte.

La transition entre la fin de l’adolescence et le début de l’âge adulte est floue. Il y a vingt ans, on fixait ce passage aux alentours de 30 ans. Aujourd’hui, il toucherait plutôt les 35-40 ans.

«Du point de vue de la psychologie, devenir adulte, représente une étape du développement qui se caractérise par la prise en charge des responsabilités. Et cela ne va pas disparaître, rassure Davide Morselli, docteur en psychologie sociale et enseignant à la Faculté des sciences sociales et politiques de l’Université de Lausanne. En revanche, la transition entre la fin de l’adolescence et le début de l’âge adulte est beaucoup plus floue. Il y a vingt ans, on fixait ce passage aux alentours de 30 ans. Aujourd’hui, il toucherait plutôt les 35-40 ans.» (lire article)

L’urgence de vivre

Bon, bon. Si je récapitule: à 33 ans, en bonne millenial que je suis, je mets un peu de temps à cocher les marqueurs officiels de l’âge adulte. Je grossis les rangs de cette catégorie, typique de ma génération, où on a parfois une carrière, des gamins, une maison, un jardin potager, une vie à l’étranger trépidante, un labrador,… mais pas toujours. Par choix ou par défaut, on remplit rarement toutes les cases. Et franchement, c’est ok comme ça. On fait ce qu’on peut avec ce qu’on a et rien n’y changera rien (que ceux qui ont la réf’, lèvent le doigt).

Ces dernières années, j’ai le sentiment d’avoir dormi, d’avoir lu des vieux magazines dans la salle d’attente de mon destin.

Mais en attendant, les années filent à l’anglaise alors que la société, usée par le Covid, tourne au ralenti. Et c’est la prise de conscience de ce décalage entre cet immobilisme et l’avancée inéluctable du temps qui est venu titiller chez moi quelques angoisses. Quand je fais le bilan de ces dernières années, j’ai le sentiment d’avoir dormi, d’avoir feuilleté des vieux magazines dans la salle d’attente de mon destin. Je réalise, un peu brutalement, que les années nous sont offertes comme des cadeaux éphémères qui disparaissent si on ne les ouvre pas. Alors, les utiliser (à bon escient) est primordial, car elles ne reviendront jamais.

J’avoue que l’idée de me réveiller un jour et de me dire que je suis passée à côté de ma vie me terrifie. Est-ce qu’à 40 ans je serai fière de celle que je serai devenue, de ce que j’aurai réalisé? Et comment me jugerait la « moi » de 15 ans? Suis-je fidèle à ses ambitions ou ai-je abandonné en cours de route toutes ses aspirations sous prétexte de réalisme (ou de paresse)? Au-delà des considérations liées strictement au vieillissement, sur lequel on a finalement aucun impact, je ressens aujourd’hui une forme d’urgence de vivre, une faim infinie d’apprendre, d’agir, d’aller provoquer les étincelles et de réaliser tous les rêves que j’ai rangés sagement dans un tiroir à l’abri des regards. De reprendre le contrôle de mon quotidien en pilotage automatique. (Une façon de conjurer le sort?) Alors, fini de somnoler, la vie c’est maintenant!

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