L’effet coronavirus, ou mon corps en pleine crise d’identité

J’expliquais récemment comment le coronavirus avait changé mes habitudes vestimentaires. Exit jeans, robes courtes et tenues compliquées. Bonjour trainings larges, vêtements stretch et gros pulls. La conséquence de cet excès de confort, c’est qu’à présent porter une ceinture et un jean slim demande un certain effort. En outre, les salles de sport étant restées portes closes au coeur d’un hiver qui ne manque pas d’aplomb, autant dire que nous sommes nombreux chez qui la sédentarité a quelque peu pris ses quartiers. Au début, on se dit que ça ne va pas durer, que ce n’est qu’une histoire de semaines, quelques mois tout au plus. Une pause sans conséquence dans notre routine santé. On s’y remettra vite et tout rentrera dans l’ordre. Rien de grave en somme. On détourne le regard du miroir, qui, de toute façon, ne présente rien de très nouveau. Grave erreur.

Difficile pour mon corps de se reconnaître dans les tenues qu’il n’a plus enfilé depuis des lustres

Après des mois à avoir caché mon corps sous des couches de tissus aussi épais que larges, celui-ci a quelques problèmes d’identité. Sait-il encore ce qu’il aime, ce qui lui va? A-t-il stocké quelques kilos ou au contraire brûlé tout le fromage et les chips englouties durant le semi-confinement lors de ses quelques sorties dans le froid environnant? Il ne sait plus très bien. Difficile de se reconnaître dans les tenues qu’il n’a plus enfilé depuis des lustres. Et pas question de renouer des liens avec la balance, cette amie inutile, pas très sympa et qui a toujours le chiffre de trop pour te contredire. Non, définitivement, la vie est mieux sans elle, problème d’identité ou pas…

Revenons à nos moutons, ou à mon anatomie en pleine confusion. A l’heure de la réouverture des terrasses et du retour à une vie sociale au milieu d’inconnus, à l’heure où il faudrait ressortir des tenues de ville – jeans serrés, petites robes près du corps, vestes cintrées, collants… – , mon corps tire la langue. Entre léger ou boudiné, celui-ci balance. D’une semaine l’autre, de petites voix lui susurrent des avis différents.

Merci le Conseil Fédéral

Mais bon, comme les choses sont bien faites, en même temps qu’un début de vie publique, le Conseil Fédéral a eu bon oeil de rouvrir les fitness et autres espaces de mise en forme. Ils ont tenu compte du ramollissement de la population, et du mien par effet pyramidal. En effet, quoi de mieux que de suer à un cours de boxe, de body pump ou d’interval training pour renouer avec chaque muscle ignoré de son anatomie.

La prof est montée sur des ressorts. Ses mouvements sont fluides et sexy. Moi derrière, j’ai l’air d’un robot un peu rouillé.

Alors, ni une ni deux, je me hâte de me réinscrire à la zumba. Face à la grande glace aussi large que le mur, impossible d’éviter son reflet. On replace son masque bien sur le nez, pas beaucoup de temps pour s’observer, on reconnait quelques habituées et le cours commence. Sur du raggaeton endiablé, on lève les genoux, on mouline des bras et on twerke en rythme. La prof est montée sur des ressorts. Ses mouvements sont fluides et sexy. Moi derrière, j’ai l’air d’un robot un peu rouillé. Après une petite quinzaine de minutes de sauts, de squats et de pas de salsa, mon cardio arrive déjà à ses limites. J’ai un point de côté. Mais pas question de le montrer et de me taper la honte devant des femmes qui ont le double de mon âge et apparemment une forme nettement plus avantageuse que moi. Mais ces sexagénaires n’ont certainement pas un corps qui fait une crise d’ado après avoir avoir abusé d’apéros-chips, elles. Alors je serre les dents et enchaîne les pas chassés.

A la fin du cours, j’ai dû perdre deux litres d’eau. Mon masque est trempé, j’ai les joues rouge vif, les cheveux en bataille et les jambes qui flageolent, mais je me sens bien. Dans ma tenue de sport moulante, je me suis rabibochée avec mon reflet. Observer sous toute ses coutures un corps se trémousser et se rendre compte que c’est le sien, c’est radical comme thérapie. Alors maintenant que j’ai retrouvé mon corps, il ne me reste plus qu’à récupérer ma silhouette.

Laisser un commentaire