Végane jusqu’au bout des cils

Une semaine sans viande, sans fromage, sans cuir, sans laine et sans exploitation animale? Challenge accepté!

Parmi les modes de vie qui connaissent un nombre d’adeptes – réguliers ou temporaires – grandissant, j’ai nommé le véganisme. Evoquant des raisons écologiques, morales, politiques ou encore pour prendre soin de soi, de plus en plus de personnes grossissent les rangs de ce groupe avec lequel il faut désormais définitivement compter. Si jusqu’à ces dernières années, les végétaliens se faisaient discrets, à présent leur voix s’élèvent pour dénoncer l’exploitation des animaux, que ce soit pour notre alimentation ou notre apparence.

Saviez-vous que les longs et épais cils promis par les mascaras sont l’effet de la cire d’abeille contenue dans le mélange?

Contrairement au régime végétalien qui se borne à bannir tout produit d’origine animale de l’alimentation, le véganisme (ou végétalisme intégral) interdit également ces éléments dans la vie courante, notamment au niveau des vêtements et des cosmétiques. Ainsi, le port du cuir, de la laine ou encore de la soie sont rayés de la liste, et les produits de beauté ne doivent pas contenir des fruits d’une exploitation animale, de près ou de loin. D’ailleurs, saviez-vous que les longs et épais cils promis par les mascaras sont l’effet de la cire d’abeille contenue dans le mélange?

Petit rappel des différents régimes sans viande.

Je vais donc me plonger dans cette philosophie durant une bonne semaine. En essayant de me tenir aux préceptes les plus stricts. Un tour dans mon armoire à chaussures me laisse présager des jours difficiles pour mes pieds. Je n’ai en effet que deux paires de chaussures d’hiver qui conviennent: mes Dr Martens à plateforme en cuir vegan avec laquelle j’ai une relation compliquée. La raison? Des cloques, des douleurs, des rougeurs, peu de flexibilité, une taille sans doute un poil trop petite et une humeur changeante. Un jour ça va et le lendemain, aux premiers pas, je souffre déjà. Bref, une relation houleuse, malgré un amour certain. Les autres souliers sans cuir sont des cuissardes qui m’arrivent à mi-cuisse. On adore, mais pour aller faire les courses en mode décontracté, c’est moyen… Bon, il me reste mes pantoufles-serpière en micro-fibres. Comme je travaille à la maison et sort relativement peu, ça devrait faire l’affaire.

C’est donc, pleine d’entrain mais non sans quelques doutes pour mes pieds que j’entame ma première journée dans la peau d’une végane.

Débuts sans accrocs

Premier jour, lundi 7h45: Avant de sauter dans la douche, je vérifie que mes shampooings et mon savon de douche sont bien 100% végétal. Tout va bien de ce côté là: mon hygiène est sauve. Je peux commencer la semaine fraîche et le cheveux propre. J’enfile un ensemble lounge en coton et polyester. J’avais également prévu le coup et acheté un dentifrice labellisé. Par contre, pour ce qui est de ma routine beauté, c’est une autre affaire. Ma crème de jour n’étant pas conforme, je me rabats sur une huile de joboba bio – achetée dans une pulsion dépensière et jamais utilisée – qui a le don d’hydrater ma peau et de la rendre particulièrement lumineuse. Et comme, la pénétration est plus lente, j’en profite pour réaliser un auto-massage facial. Hydratation et anti-ride, deux en un, l’air de rien. (Pour le reste, évidemment le no make up est de rigueur)

8h: Au menu du petit-déjeuner: du pain (sans œufs, ni lait) de l’avocat bien mûr tartiné comme du beurre, un jus de fruit (non filtré) et un café.

A midi, je me prépare un des plats favoris dans ma famille: les spaghettis à la tomate. Comme je préfère les pâtes sans œufs au bon goût de blé dur, ça tombe bien. Tomates concassées, quelques tomates séchées, huile d’olive, câpres et voilà un délice végétalien tout trouvé. Et pour cette fois, je me passe de parmesan râpé. Tout se passe comme sur des roulettes.

18h: C’est l’heure des courses hebdomadaires et de ma première sortie de la semaine. Je chausse mes grosses Dr Martens sans hésiter et attrape mon manteau beige lorsque le doute me gagne. Il y a de la laine dans ce manteau… Je l’échange contre une veste longue en fausse fourrure verte. J’ai une allure bizarre, mais je suis parée.

Mes courses de la semaine

Au magasin, je traque le logo Vegan. L’hésitation surgit derrière chaque article… Ce pain est-il bien 100% végétal ? Les chips contiennent-elles autre chose que des pommes de terre, de l’huile et des épices ? Quels ingrédients se cachent vraiment dans un pot de moutarde? Je vérifie les étiquettes. Il faut dire que parfois, on peut être étonné. Comme d’habitude, j’applique mon principe de précaution : le moins d’ingrédients = le moins de mauvaises surprises. Je remplis donc mon panier essentiellement de fruits et légumes. Une fois n’est pas coutume, j’observe avec un intérêt critique les articles labellisés Vegan bien en évidence au rayon des produits laitiers. Pour être vraiment franche, je ne suis pas convaincue par ces ersatz ultra-transformés, mais s’il y a un moment pour tester ces produits, c’est bien maintenant. Je jette mon dévolu sur un yogourt au soja, un bloc de faux-mage de type féta, une pâte à tartiner et du faux parmesan. Affaire à suivre…

Comme d’habitude, j’applique mon principe
de précaution : le moins d’ingrédients = le moins de mauvaises surprises

Une délicieuse semaine

Les repas de la semaine s’articulent autour de recettes asiatiques au tofu et de plats simples faisant la part belle aux légumes et aux champignons. Simple, efficace et délicieux. De ce côté-là, on en redemande. Mes proches, gentiment habitués à mes extravagances alimentaires, jouent le jeu. Mon ami Didier, chez qui je suis invitée le dimanche à midi, me concocte même exprès un délicieux Dahl de lentilles.

Apéro et vie sociale

S’il y a un challenge aussi récurrent qu’incontournable dans ma semaine, c’est celui de l’apéro. Cette semaine ne fait évidemment pas exception. Jeudi soir, j’attends deux invités. Je me dois de leur présenter une table qui donne envie, histoire de les gâter sans frustration: petits légumes coupés, houmus, pain tartiné d’avocat, fromage à tartiner végane (franchement, pas mal du tout !), quelques chips. Les noix épicées et les biscuits qu’ils ont amené complètent l’ensemble. Un verre de Prosecco bio et vegan et Tchin! Mes hôtes repartent heureux, du moins je l’espère.

Samedi soir, c’est l’anniversaire d’Héloïse, une très bonne amie. L’occasion pour moi de tester la flexibilité de mes copains ainsi que quelques desserts. Je me lance donc dans une mousse au chocolat à l’aquafabé (jus de pois chiches) et une tarte au citron avec pas mal de noix de coco. Visuellement, les dupes sont parfaits. Bien battu, l’aquafabé remplace à merveille les blancs d’œufs en neige, le chocolat fait le reste du job. Quant à la lemon curd au lait de coco, elle tient clairement la route. Lors de la dégustation, le verdict est mitigé, alors que la tarte au citron remporte tous les suffrages niveau goût, texture et visuel, la mousse au chocolat divise. Pas assez sucrée, peu gourmande, pas assez fondante en bouche, elle ne tient pas la comparaison avec la recette originale… Il faut dire que la version végane, sans crème ni matière grasse, autre que la graisse de cacao contenue dans le chocolat noir, est beaucoup plus légère. Très légère, trop légère pour un dessert digne de ce nom.

Conclusions?

Je me suis régalée de repas sains et goûteux, garantis 0% frustration. Par contre, comme je le craignais, mis à part la pâte à tartiner à base de noix de cajou, les faux-mages n’ont pas passé la rampe. La fausse feta a un goût très fort de coco, une texture trop lisse pour être honnête et le goût rance écoeurant d’un fromage qui a passé trop de temps dans le frigo. Quant au fromage râpé à base d’amande, en dehors de l’aspect visuel très proche du parmesan, je trouve qu’il n’apporte pas grand-chose. Et, sauf si l’on affaire à Philippe Etchebest qui nous juge sur notre trompe-l’œil dans un challenge de Top Chef, un produit qui ressemble à du fromage râpé mais qui n’est pas du fromage râpé, on peut bien s’en passer… Mais ce n’est que mon avis. A chacun de faire le sien!

Sur le plan vestimentaire, j’ai adopté la plupart du temps un look décontracté, un mix de pièces qui n’ont parfois rien à voir. Je vais à l’essentiel. Alors que dehors l’hiver joue les prolongations, ma difficulté principale a été de trouver dans mon armoire des pulls sans laine… Mais à part ça, j’étais plutôt fière de mon adaptabilité… jusqu’à ce qu’à la mi-semaine je me rende compte que mon sac seau qui transporte inlassablement la quasi-totalité des effets les moins remplaçables de ma vie, est en cuir. Bon tant pis… Trop tard, pas vu, pas pris. Je ferme les yeux.

Forcée de porter mes Dr. Martens capricieuses, je n’allais certainement pas courir de marathon

Niveau chaussures c’était compliqué. Forcée de porter mes Dr. Martens capricieuses, je n’allais certainement pas courir de marathon. D’ailleurs mon compteur de pas comptabilise un total misérable de 22’000 pas durant toute la semaine, soit l’un des pires résultats de l’année. Rien d’étonnant, j’ai passé la majeure partie de mon temps en chaussettes ou en pantoufles.

Enfin, question maquillage, je peux remercier le Covid, le confinement et le home office, parce que je ne me maquille plus vraiment au quotidien. Mais le week-end, j’aime bien faire un petit effort. Alors, histoire de voir, j’ai fait quelques recherches. J’en ai appris des belles et des pas mûres sur nos innocentes cosmétiques. J’ai découvert qu’on pouvait y trouver de la cire d’abeille (pour donner du corps à nos baumes à lèvres ou à nos mascaras), du miel, de la graisse de porc ou de boeuf, de la lanoline (une graisse obtenue à partir de la laine de mouton aux propriétés hydratantes et protectrice), du collagène, de la glycérine et de la kératine, issus de protéines animales, du carmin (des cochenilles écrasées pour la couleur rouge, dans les rouges à lèvres par exemple), de la gélatine, de la guanine (écailles de poissons pour l’aspect irisé). Bref, de quoi faire pâlir un poisson rouge.

Verdict: comme pour tous les autres produits de beauté, labellisé ne rime pas forcément avec qualité.

Mais parallèlement, j’ai aussi trouvé qu’il existait énormément de marques de maquillage ne contenant aucun produit animalier. J’ai donc fait quelques emplettes et investi dans un mascara végane, un anti-cerne, un blush/bronzer, un rouge à lèvres et une crème de jour. Verdict: comme pour tous les autres produits de beauté, labellisé ne rime pas forcément avec qualité. Il y a du bon comme du mauvais, mieux vaut tester et se faire sa propre idée. Personnellement, j’ai adoré la crème de jour que j’utilise encore quotidiennement, mais j’ai trouvé le mascara archi nul: il ne tenait pas, me faisait des cils en rase-motte, coulait et avait une odeur chimique atroce. Bref, gros fail. Mais il ne s’agit là que de produits particuliers et non d’une généralité. Il faut essayer et trouver les compositions qui nous conviennent et sans doute y mettre un peu le prix.

Si je devais recommander un site internet qui promeut les produits véganes, naturels, clean et cruelty free ce serait celui-ci. Ils ont de super produits, la livraison (partant de Suisse) est très rapide.

Tout pour une routine beauté et hygiène végane. Mes produits préférés: la crème de jour, la crème illuminatrice et le blush.

3 questions à Jan Saunier, 35 ans, végane depuis 5 ans

«Je recommande de trouver un livre de recettes funs pour avoir du plaisir à manger. Ça ne doit surtout pas être triste»

Jan Saunier, pourquoi as-tu choisi de devenir végane ?

Avant j’étais un viandard. Il y a 5 ans, je suis devenu végane sans transition d’une semaine à l’autre. La raison de ce changement était tout d’abord ma santé, puis l’environnement et enfin l’éthique. J’ai vu des documentaires sur l’impact de la viande et des produits laitiers sur le corps et sur la nature, et ça m’a fait réfléchir. Je me suis rendu compte que j’étais en bien meilleure forme en adoptant ce régime. Pour moi c’est avant tout une prise de conscience personnelle, je ne veux pas être moralisateur ou prosélyte. C’est même plutôt les autres qui viennent me poser plein de questions.

Jusqu’où vas-tu dans ce mode de vie, quelles sont tes limites?

J’ai encore un vieux perfecto et une ceinture en cuir. Je ne vais pas les jeter, ce serait du gaspillage. Mais lorsque je devrai les remplacer, je le ferai avec une matière végétale. Je mange également un peu de miel quand je suis malade. J’essaie aussi de choisir plutôt des vins et des bières véganes. Ce n’est pas toujours facile, mais aujourd’hui beaucoup de brasseries abandonnent les filtrages avec des écailles de poissons pour des méthodes mécaniques, c’est donc positif.

Que conseillerais-tu à quelqu’un qui voudrait devenir végane?

On trouve aujourd’hui beaucoup de renseignements sur internet. Je recommande de trouver un livre de recettes funs pour avoir du plaisir à manger. Ça ne doit surtout pas être triste. Il faut casser les mythes, qui disent que ce régime engendre des carences. Il n’y a pas de carences en protéines. Et pour la vitamine B12, qui ressort souvent, tout le monde est obligé de complémenter, car la B12 au naturel n’existe plus vraiment. On en injecte aux animaux, que l’on mange ensuite. D’un autre côté, lire les étiquettes permet d’être bien renseigné et d’avoir le contrôle sur ce que l’on consomme. Enfin, je conseillerais de faire des check-up de temps en temps pour être sûr que tout va bien.

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