Aujourd’hui, le monde entier est à portée de main, ou de clic. Au supermarché, dans les épiceries fines, sur des shops en ligne ou via des applications qui délivrent sur le pas de nos portes des plats – plus ou moins – fumants dans des barquette en carton, tous les exotismes gastronomiques s’offrent à nous. Partout. Tout le temps. Pour des raisons écologiques ou gustatives, par conviction ou pour le trend, régionalité, swissness, proximité, de saison ont le vent en poupe.
A titre personnel, acheter local est un geste qui me tient à cœur. C’est même sans doute un peu inscrit dans mes gènes, au vu des origines presque exclusivement paysannes de ma famille. En effet, j’ai grandi en mangeant essentiellement des légumes et des fruits du jardin de mes parents, grands-parents ou de la production de la famille élargie. Pommes, fraises, abricots, tomates, carottes, oignons, pommes de terre, cerises, courgettes, melons, prunes, asperges et même des kiwis… Et j’en passe des tonnes.
Pour l’anecdote, quand j’étais gamine, lors des grosses chaleurs de l’été, on passait notre après-midi à jouer dans la piscine en plastique devant la maison et lorsqu’on avait faim, on allait chercher des pêches directement sur les arbres du jardin. On les croquait à pleine dents tout en barbotant dans l’eau. Elles étaient hyper juteuses, on s’en mettait plein partout et on se rinçait directement dans l’eau de la piscine, c’était pratique. Bref, ça fait un peu cliché, mais c’était vraiment comme ça.
Du coup, je me suis donnée comme objectif de ne manger que des produits suisses durant une semaine. J’ai conscience que cela aurait été bien plus facile de le tenter en plein mois de juillet mais qu’à cela ne tienne.
Des débuts difficiles: un choix limité dans les placards
Premier jour, lundi 8h: Ayant passé le week-end à la montagne, je n’ai pas eu le temps de faire les courses en prévision de ma semaine patriotique. A peine levée, ai-je droit à mes premières surprises. En vu de mon déjeuner, j’ouvre mes placards et en sort du pain toast. Voilà qui peut faire l’affaire. Attends, mais comment on trouve la provenance des matières premières ? Et puis elles sont fabriquées où ces tranches ? Un coup d’œil sur internet me donne la réponse: Autriche. Merde ! Bref, je me contenterais de quelques kiwis garantis bien de chez nous (du jardin de ma maman).
Deuxième challenge: le café. Well, well, pas besoin de vérifier sur internet la provenance des grains qui ont été moulus puis compressés dans mes capsules pour savoir qu’ils doivent venir de quelque part loin de chez nous, l’Amérique du Sud, l’Afrique ou ailleurs sous les tropiques. Argh. Impossible pour moi de faire l’impasse sur cette boisson le matin, je ferme les yeux. Ce café (élaboré en Suisse) sera ma seule exception. Un seul par jour, je le jure !
Les spaghetti? Italiens. Le couscous ? Français. Des nouilles de riz, des packs de ramen, des noodles, des vermicelles de haricots mungo. Non, non et encore non !
11h : J’ai le ventre vide. Je dois encore tenir une heure avant ma pause de midi. Je vais me faire un thé. Je fouille dans mon armoire à thé débordante de toute sortes d’infusions originales et tendances. Malheureusement, la lecture des boîtes est sans appel : Allemagne, Autriche, Hollande… et je parle là uniquement du lieu de production des sachets. Bon, heureusement, j’ai de la verveine du jardin de mon pote David. Made and grown in Wipkingen Zurich, soit à moins d’un kilomètre de chez moi. Ça le fait non !?
12h : J’ai hyper faim. La verveine de David n’a pas comblé grand-chose. Je me précipite dans la cuisine, ouvre le frigo, plonge ma tête dans l’armoire à victuailles. Troisième déception de la matinée. Les spaghetti? Italiens. Le couscous ? Français. Des nouilles de riz, des packs de ramen, des noodles, des vermicelles de haricots mungo. Non, non et encore non ! Ah ! Des lentilles beluga bio… Allemandes… Quant à mon quinoa… laisse tomber… Presque désespérée, je tombe sur un paquet de polenta entamé depuis l’année dernière. L’emballage l’atteste, c’est bien de chez nous. En plus, j’ai de la chance, les mites voraces semblent avoir épargné mon maïs. Un coup d’œil dans le frigo et voilà, j’ai trouvé mon menu : polenta aux lardons, aux oignons et au fromage d’alpage. Bon je perdrai du poids une autre fois. Là, c’est pas la semaine.

Un panier 100% helvétique
Le soir, je fais mes courses de la semaine avec une attention toute particulière. J’ausculte chaque emballage, vérifie chaque provenance, compte les ingrédients. J’en viens à la conclusion que pour éviter toute mauvaise surprise, le moins transformé, c’est le mieux. J’ai un double apéro mercredi et un souper ce week-end, le reste doit être pratique et rapide à préparer. Il faut que je prévoie mon coup. Arrivée en caisse, je ne suis pas peu fière de mon panier 100 % helvétique. Pain, pommes de terre, chips, fruits et légumes, produits laitiers, œufs et un petit peu de viande. Sans oublier des infusions bio au bon goût des Alpes. Tout y est. Je sais déjà que je vais me régaler avec des soupes de légumes d’hiver (ça compensera tout le fromage que je vais manger). PS. Si vous voulez je vous donne la recette de ma soupe de chou-rave et pommes de terre, c’est pas pour dire, mais elle déchire !

Les autres jours de la semaine se déroulent sans accrocs. Ma planification a fait le job. Je mange des röstis (c’est un peu premier degré, je l’admets, mais c’est pratique), de la soupe à la courge et aux chou-rave, des « cafés complets » composés de pain, de fromage et de viande séchée. De façon générale, je remplace l’huile d’olive par sa cousine au colza, l’aceto balsamico par du vinaigre aux herbes, le parmesan par du gruyère, je choisis consciemment des épices alpines et évite les plats exotiques exigeant des ingrédients prohibés. Je fais l’impasse sur les pâtes, le riz, le quinoa et autres féculents aux origines diverses et variées (même si on peut trouver des variantes suisses en cherchant un peu) et privilégie les patates, le pain et le maïs, tout en surveillant attentivement les étiquettes. En effet, rien ne ressemble plus à de la farine suisse que de la farine étrangère. Bref, avec un peu d’organisation et de volonté le bonheur est quand même pas bien loin du pré.



Apéro et vie sociale
Quand il est question de prendre l’apéro et de rencontrer les copains (5 personnes max, bien sûr!), je ne suis pas la dernière au rendez-vous. Semaine suisse ou pas. Venant d’une région qui a hissé l’apéro dans son patrimoine culinaire – qu’est-ce qu’une assiette valaisanne si ce n’est un assortiment de viandes et fromages du terroir, à partager autour d’un vin blanc sec? –, je n’ai aucune peine à combiner charcuterie, fromage et pain avec quelques légumes coupés et mes chips de maïs zurichoises. Durant toute la semaine, je choisis également attentivement ma boisson: des vins valaisans de préférence (y a pas de mal à être chauvine, surtout cette semaine) et des découvertes du label Demeter tout à fait convaincantes. Donc au final, à part quelques, «Non désolée, je ne prendrais pas de scamorza», des «Oups, elle a l’air délicieuse ta tarte au saumon et brocoli, mais je passe mon tour» ou encore «Non, pas de Prosecco ce soir, je prendrais plutôt un verre de Petite Arvine», pas de difficultés particulières, ça coule de source.
Non, pas de Prosecco ce soir, je prendrais plutôt un verre de Petite Arvine
Samedi soir, je suis invitée chez ma soeur pour souper. C’est soirée burgers. Un choix fait en toute conscience. Viande hachée de boeuf suisse, fromage à raclette du Valais, salade verte de la région, oignons suisses caramélisés. Tout y passe. On fait l’impasse sur le ketchup et sur les tomates, résolument espagnoles en ce moment. Motivée et encourageante, ma sœur a même réalisé elle-même des buns intégralement helvétiques au moelleux incroyable. Honnêtement, je crois que c’est le meilleur burger que j’ai mangé de ma vie. Entière. Les Américains n’ont qu’à bien se tenir.

Le meilleur burger que j’aie mangé de ma vie est Suisse.
Finalement, une fois les courses faites en fonction des exigences de mon nouveau régime, cette première semaine test n’a pas constitué un très gros changement dans mon quotidien. C’était assez facile de ne consommer que du local durant une semaine et j’ai tenu ma promesse de ne faire exception que pour le café. Challenge relevé.
Les conseils du locavore:
Eviter les produits transformés est la meilleur façon de savoir ce que l’on a dans l’assiette. Connaitre la saisonnalité des végétaux que l’on consomme aide sacrément à orienter les achats et à apprécier la ronde des aliments tout au long de l’année. S’abonner à des paniers livrés par une ferme du coin. Revisiter les recettes de grands-mères et redécouvrir les traditions culinaires suisses. Planifier, prendre du temps pour faire ses courses. S’amuser en cuisine, faire soi-même son pain, ses pâtes, etc.